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(ouverture de Mouton 1918 dont l’étiquette Carlu est en tête de ce blog. A gauche, on reconnait Mouton 1945)

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Voyage autour du monde vendredi, 17 novembre 2017

Voyage autour du Monde

12 novembre 2017

L’histoire commence il y a huit mois. Je recevais systématiquement les publicités d’un voyagiste parce que j’avais fait avec ma femme il y a environ vingt ans la croisière gastronomique du paquebot France.

La publicité pour un tour du monde en avion me donnait des envies. J’en parle à ma femme et à des amis, et nous sommes quatre, prêts à nous inscrire. Mais en fait, les hésitations se sont multipliées et je me suis retrouvé seul à vouloir confirmer une inscription. Avec l’accord de ma femme j’ai donc décidé de faire le tour du monde proposé sur trois semaines.

Je commande un taxi pour 6h30 un dimanche matin, à une heure où les rues sont vides. Le taxi arrive avec huit minutes de retard, ce qui a le don de m’énerver et le chauffeur, avec une naïveté touchante, me dit qu’il m’avait déjà conduit il y a quelques années à Roissy et qu’il était déjà arrivé en retard.

Au terminal 3 de l’aéroport de Roissy la présence du voyagiste est forte et l’on offre des viennoiseries aux arrivants ce qui est très agréable et gentil. Nous sommes environ 160 à voyager dans un avion portugais, au personnel portugais, qui va nous suivre pendant les trois semaines. Nous embarquons pour un vol direct vers Panama
distant de 8.700 kilomètres. Le vol sera de plus de onze heures et le décalage horaire est de six heures.

Comme il est fréquent, il y a beaucoup trop d’annonces tant l’animateur de notre groupe veut nous séduire et nous persuader du caractère unique de ce voyage.

A l’apéritif, on nous sert un petit coffret Kaviari qui contient une « ligne » de caviar qui constitue une aimable mise en appétit. Je goûte cet agréable caviar bien équilibré avec un Champagne Ruinart Brut sans année qui convient à cet exercice. Voilà une belle façon de nous recevoir.

Le déjeuner est très acceptable pour un repas en avion. Je bavarde avec mes voisins qui sont d’Albertville et d’Annecy et connaissent le restaurant Les Morainières à Jongieux. Nous sommes donc en terrain de connaissance. La discussion se poursuit et il s ‘avère que Didier a été dans le même métier que moi, celui de l’acier. Beaucoup de noms et de souvenirs surgissent au détour de nos échanges.

Le voyage étant fort long je regarde le film  »La La Land » qui est joliment romantique. Que du bonheur.

Le voyagiste s’est attaché les services d’un historien qui nous racontera des anecdotes tout au long du voyage. Il prend la parole pour parler du canal de Panama mais surtout pour mettre en valeur, avec une insistance particulière , les turpides de Ferdinand de Lesseps qui a ruiné des milliers de souscripteurs et n’a jamais pu achever le canal après moult faillites. Il a même égratigné Gustave Eiffel qui aurait financé la tour Eiffel avec de l’argent détourné des fonds versés par des souscripteurs au canal de Panama. Cet exposé fut beaucoup trop long, avec des redites sans cesse mais j’ai noté une citation qui m’a frappé sur le rôle de la presse : « la presse lèche, lâche et lynche ». Chacun peut trouver des situations où ce fut le cas, Tapie par exemple et bien d’autres.

Nous arrivons à Panama et à la douane on procède comme aux Etats Unis, avec photographie et prise des empreintes des dix doigts.

Nos bagages sont pris en charge par le voyagiste et nous les trouverons plus tard dans nos chambres. Nous partons pour un tour en ville en bus. Notre guide est José qui parle un bon français. Il nous explique une chose absolument astucieuse. Ferdinand de Lesseps ayant creusé avec succès le canal de Suez n’avait trouvé que du sable à enlever. A Panama, sur la chaîne des Cordillères, c’est de la roche qu’il n’a jamais réussi à percer avec les budgets dont il disposait. Quand les Etats Unis sont intervenus après les faillites françaises, au lieu de creuser ils ont créé le plus grand lac artificiel du monde, à une hauteur de 26 mètres au-dessus des niveaux des deux océans. Les écluses servent donc à monter les bateaux sur ce lac en hauteur et à les redescendre ensuite. Il n’y avait donc quasiment rien à creuser mais juste à consolider les rives du lac. C’est assez génial.

Le bus nous montre quelques aspects de la ville où les buildings montent jusqu’au ciel avec une densité aussi forte qu’à Miami. Le bus s’arrête devant un site d’attrape-touristes pour du shopping sans intérêt. Nous passons devant le musée de la biodiversité que nous visiterons demain, fait par Frank Gehry, l’architecte de nombreux monuments dont celui de la fondation Vuitton et du musée Guggenheim de Bilbao. Le bâtiment est assez surprenant avec un patchwork de couleurs.

Nous arrivons à l’hôtel Trump Ocean Sun Casino de Panama situé sur la côte Pacifique. L’immeuble est gigantesque. Ma chambre est spacieuse et fonctionnelle. Je suis au 33ème étage et comme je suis sujet au vertige, je m’approche avec prudence de la balustrade de la terrasse de ma chambre.

Après une douche réparatrice car cela fait 21 heures que je suis levé, je me rends au 13ème étage. Le dîner se tient devant les nombreuses piscines de cet étage. Le buffet est de qualité moyenne, les saveurs étant passe-partout. On nous offre à tous des chapeaux panamas, ce qui est une attention charmante. Il est temps d’aller dormir.

Lundi 13 novembre

Le petit déjeuner est servi au 14ème étage, sur une terrasse à ciel ouvert entre les deux gigantesques ailes de l’immeuble.

Nous nous rendons aux écluses Miraflores du canal de Panama qui sont les dernières avant le Pacifique (ou les premières dans l’autre sens). Nous aurons la chance de voir passer par les écluses des deux canaux deux gigantesques bateaux. Le canal initial de 1913 permet le passage de bateaux avec 6.800 containers du format international. Le deuxième canal construit en 2006 par le Panama qui s’était affranchi de la tutelle des Etats Unis le 31 décembre 1999 permet le passage de bateaux avec 14.200 containers. Sur le plus ancien nous verrons un bateau de croisière de la « Norwegian Sun » de Nassau, avec une grande partie des croisiéristes regardant la lente opération de franchissement d’écluse, et sur le nouveau canal un énorme bateau, le  »Glovis Crown » qui transporte des gaz liquéfiés. Ces franchissements d’écluses sont très lents, mais les masses en cause sont gigantesques.

Nous nous rendons ensuite dans la vieille ville qui est d’une influence espagnole très forte. Comme elle est classée au patrimoine mondial de l’Unesco, les maisons sont entretenues voire reconstruites du fait de la richesse nouvelle que connait le Panama depuis que les ressources du canal ne sont plus versées aux Etats Unis qui ont été concessionnaires exclusifs de 1913 à fin 1999. Les maisons sont belles, colorées. Une église datant de 1675 est lourdement décorée d’or. L’Ambassade de France est sur la Plaza Francia sur un site magnifique, avec sur une place une reproduction de l’obélisque de la Concorde, surmontée d’un coq gaulois. Sous la pluie nous rejoignons le restaurant Santa Rita
où nous est servi le déjeuner. J’ai pris une salade maison avec laitue, tomate , oignons œufs et pommes fort agréable et un saumon grillé à la plancha avec des légumes sautés puis une tarte au citron. J’ai bu une bière Balboa, du nom de l’espagnol qui découvrit Panama en 1513. Elle est fort bonne, avec un fort caractère.

Après le repas, en programme optionnel, j’ai visité le musée de la biodiversité conçu par l’architecte Frank Gehry dont la femme est panaméenne. Le toit est fait de panneaux inclinés de très nombreuses couleurs qui figurent les diversités raciales du pays. Un parcours destiné à enseigner l’histoire de la biodiversité au Panama est assez intéressant mais scolaire. Sous la pluie l’eau coule partout dans l’immeuble ce qui fait tout drôle. Apparemment la construction n’est pas totalement finie.

La visite s’est faite pour notre groupe seulement, car le musée était normalement fermé aujourd’hui. Bravo au voyagiste d’avoir permis cette visite.

Nous revenons à l’hôtel et on nous a promis une surprise au moment du dîner. Pour retourner à ma chambre je dois prendre l’ascenseur qui est un véritable cauchemar. Il semblerait qu’une pièce détériorée doit venir d’Europe puisque le fournisseur des ascenseurs est allemand et cette pièce mettra plusieurs jours pour venir. Alors le temps pour monter ou descendre atteint facilement les dix minutes. Après une douche en chambre je rejoins le rez-de-chaussée où nous découvrons des « diables rouges ». Ce sont des bus qui ressemblent aux bus scolaires américains, de vieux Mack avec les pots d’échappement chromés qui à l’arrière remontent vers le ciel, déchargeant des nuages de pollution. Nous allons nous rendre dans un des salons de l’American Trade Center avec ces vétustes autobus. C’est encore une fois une attention délicate du voyagiste. Des bus sont déjà partis, un autre nous suit et tout-à-coup notre bus est arrêté par la police. Ces bus ont normalement des trajets immuables et le chemin que nous prenons n’est pas un chemin habituel ce qui justifie le zèle d’un policier. Les accompagnateurs de notre groupe palabrent avec le policier zélé. Il faut attendre les papiers justificatifs des autorisations de circuler qui étaient restés à l’hôtel. Il faut bien vingt minutes pour que l’ardeur et le zèle du policier soient récompensés. Nous arrivons avec retard dans la magnifique salle de l’American Trade Center. Un mini orchestre va jouer une musique sympathique et deux couples de danseurs costumés vont danser autour des tables des salsas et autres danses tropicales. Leur danse fait très danse de concours, avec les sourires figés de circonstance et les déhanchements excessifs. Rejoignant une table déjà occupée depuis longtemps par des membres du groupe ayant échappé aux contrôles, on me donne un verre de mojito de grand plaisir. Le menu du dîner est Panzanella de tomates, mini cresson, cœur de palmier, avocat et croutons d’anis / langoustines sur risotto de légumes et sauce romesco / thon grillé, endive braisée et sauce Tonnato / filet de bœuf aux tomates séchées, purée de pommes de terre et fromage bleu / chocolat intense, fraisier et tartelette au citron.

C’est copieux, comme si notre voyagiste avait pour mission de nous engraisser. Le thon et le bœuf sont bons, je prends des bières Balboa après avoir fini trois mojitos puisque le serveur a interprété un refus de doubler ou tripler la mise pour des acceptations. J’aurais pu évidemment refuser mais la chair est faible. Nous avons bavardé entre voyageurs plutôt fatigués par le décalage horaire et nous sommes rentrés à l’hôtel avec des bus  »normaux ».

Pour aider les clients de l’hôtel déroutés par les ascenseurs, l’hôtel a prévu des accompagnateurs, des liftiers. Notre cabine se remplit, chacun doit saisir sur un écran son étage et tout-à-coup tout s’efface. Le brave liftier essaie toutes les touches possibles mais notre ascenseur est bloqué, ne voulant ni s’ouvrir ni monter. Cela dure près de dix minutes. L’ascenseur redémarre. Ouf, j’arrive enfin dans ma chambre. Demain sera un autre jour.

Mardi 14 novembre

Il y a au Panama sept races différentes d’amérindiens, populations qui vivent dans la forêt tropicale et sont des semi-nomades, adeptes de la cueillette, de la chasse et de la pêche. Ces populations étaient voisines de la Colombie ou en Colombie mais les événements et guérillas qui ont agité ce pays les ont poussées à se rapprocher de Panama. Nous allons visiter dans un parc national de la forêt tropicale un village de la tribu des Emberas Puru. C’est un village de 130 habitants ce qui est plutôt élevé puisque les villages de cette communauté comptent plutôt de l’ordre de cent habitants. Le nomadisme apparaît lorsque le village a épuisé les ressources des cueillettes et de la pêche. Ils se déplacent alors de quelques kilomètres, là où il y a plus de ressources. Comme ils vivent dans un parc naturel, il y a une très curieuse adaptation des lois et coutumes pour que les intérêts des uns et des autres se rejoignent. La vie des indigènes est commandée par le respect de la nature et la vie sur une rivière nourricière. Les habitants vivent nus mais se sont habillés pour ne pas choquer les visiteurs qui leur apportent des devises pour faciliter leur vie dont notamment la scolarisation des enfants, ce qui fait assez curieux, car à l’école, les enfants nus tous les jours sont habillés des uniformes comme dans les écoles anglaises.

Nous partons en car et une heure plus tard, à l’intérieur du parc naturel, nous prenons des pirogues pilotées par un indien à l’avant et un autre à l’arrière qui actionne le moteur du bateau pour rejoindre au bout d’une demi-heure de navigation leur village. Un exemple de cohabitation : l’administration a interdit aux indiens d’abattre des grands arbres précieux au bois dense qui permettent de sculpter des pirogues d’un seul morceau. Alors, ils rafistolent de vieilles pirogues avec du goudron et des pièces d’acier. Le long du cours d’eau dans une nature luxuriante nous voyons de jolis oiseaux dont des martins-pêcheurs aux belles couleurs bleues, des ibis de couleur bleu-gris, des cormorans et de nombreux autres dont un rapace de couleur brun orangé. La pirogue dans laquelle je suis assis fuit au point que nous avons dû nous arrêter pour que l’un des indiens écope. Titanic en forêt tropicale !

Lorsque nous arrivons des jeunes du villages jouent une musique rythmée, les femmes aux fronts ceints de fleurs d’hibiscus et aux seins nus sont alignées pour nous sourire. De nombreux enfants sont eux-mêmes décorés. Tous sont tatoués de noir avec des encres qui disparaîtront dans quelques jours. Laurent, notre guide nous avait vanté l’intelligence de ces peuplades et le calme absolu des enfants qui ne pleurent jamais et sourient. J’ai pu bavarder avec un jeune couple de jeunes mariés, souriants et intelligents. Ces indiens sont optimistes, réalistes et de contact facile.

Malgré tout on songe que tout ceci est commercial. Car tout est fait pour que l’on achète les produits qu’ils fabriquent. Le contact est plus commercial que profond même si l’on sent leur chaleur humaine. Nous repartons en pirogue et c’est alors qu’une lourde pluie nous inonde. J’avais acheté un KWay pour le voyage et le temps qui m’a été nécessaire pour ouvrir le vêtement et comprendre comment on l’enfile a fait que la pluie avait cessé quand j’ai réussi à le revêtir sur des vêtements trempés.

Nous avons pris un bus pour aller sur les écluses du nord, qui sont celles de l’Atlantique. Une heure de plus en bus nous a épuisés, car sur les pirogues on cherche sans cesse à garder son équilibre et cela épuise.

Nous allons manger dans un restaurant qui surplombe les écluses, tenu par un chef français. Mais j’ai plus envie de m’effondrer de fatigue que de déguster. Je m’alimente plus que je ne mange. En sortant du restaurant on voit un porte-containers de la plus grande taille possible qui vient de passer les nouvelles écluses de dimensions titanesques.

Nous nous rendons ensuite au point de départ de la ligne de chemin de fer Panama Canal Railway qui relie les écluses du nord sur l’Atlantique aux écluses du sud sur le Pacifique. C’est un train qui existe depuis 1855 et permettait en un temps record de changer d’océan, les bateaux laissant des voyageurs d’une rive océanique rejoindre un bateau partant sur l’autre océan. C’est un train luxueux, avec des décorations de bois précieux .

Effondrés de fatigue nous rentrons à l’hôtel. Je prends une douche salutaire pour redescendre en bas de l’hôtel Trump pour dîner dans le restaurant « La Vespa » directement sur l’eau et proposant une cuisine italienne d’honnête qualité.

Les ascenseurs de l’hôtel Trump sont une calamité, incapables d’absorber l’afflux de clients, et imposant de l’ordre de 20 minutes avant que l’on atteigne l’étage désiré. Ce fut minant et source d’énervement.

Il faut faire vite les valises qui seront mises dans le couloir avant 23h30 et prises par le staff du voyagiste pour un enregistrement pour le vol vers Quito sans qu’on se préoccupe des formalités. La gymnastique de ce dont on a besoin un matin avant de partir en avion lorsque l’on n’a plus ses valises est un exercice qui me mine. Les valises sont dans le couloir, il est 23h00. Je me sens dépossédé mais il est temps de dormir.

Mercredi 15 novembre

Que dire du Panama ? Depuis 1999 il recueille la manne du passage du canal de milliers de bateaux. Cela a donné un coup de fouet à l’économie du pays, et ne s’est pas traduit par une corruption visible, faisant de ce pays un pays stable. Une politique fiscale attractive a fait venir beaucoup d’américains et d’autres étrangers. La création d’une zone franche à Colon, ville qui accueille le départ du train Panama Canal Railway, gérée à la façon de Hong-Kong, a donné une activité colossale dans la région et le pays. Tout sourit au Panama. Mais l’érection d’une ville moderne avec des buildings à touche-touche comme à Miami ou à Hong-Kong entraîne une circulation épouvantable. L’explosion démographique du Panama qui est passé de 500.000 personnes en 1900 à 4.000.000 aujourd’hui les inquiète. Leur prospérité les aidera sans doute à gérer ce problème comme il convient.

A 5 heures je me réveille car nous devons partir prendre l’avion à 8 heures et le problème des ascenseurs est un tel cauchemar que j’ai choisi de me lever tôt. Le petit déjeuner est toujours bien organisé. Je remonte à ma chambre puis, le moment venu je descends au rez-de-chaussée pour prendre le bus. A un point de ralliement une responsable du voyagiste doit me donner ma carte d’embarquement mais elle ne veut pas car semble-t-il j’ai des dépenses à régler. Il me faut remonter par l’ascenseur et je suis contrarié car je n’ai rien dépensé. A la caisse de l’hôtel qui se situe au 15ème étage je vois une note de 8,60 dollars pour une bouteille d’eau alors que j’avais pris celle qui est donnée en signe de courtoisie. L’affaire s’arrange mais il me faut une nouvelle fois affronter les redoutables ascenseurs, à la capacité qui est sans commune mesure avec la taille de l’hôtel.

Les formalités à l’aéroport se passent aisément et nous embarquons vers Quito pour un vol d’une heure et demie. Nous retrouvons nos mêmes places et les mêmes hôtesses qu’au vol précédent. Un repas léger nous est servi. Des touristes de notre groupe font remarquer que les plats et les vins sont meilleurs dans l’avion que ce que nous avons trouvé dans les différents restaurants de Panama.

A l’arrivée du vol, un incident sérieux a opposé un couple de voyageurs qui ont des sièges en première classe avec le patron de l’entreprise voyagiste qui vole avec sa femme avec nous depuis le départ en classe affaires mais ne participe pas vraiment au programme touristique. Les voyageurs ont demandé au patron de pouvoir discuter de certains points avec lui et, sans attendre l’exposé des questions, le patron a refusé d’écouter les voyageurs. Des mots s’échangent et perdant tout sens commercial le patron a traité les voyageurs d’abrutis. Le ton a monté et tous les voyageurs des rangées proches ont été choqués par les propos invraisemblables de ce patron. Cette algarade a fait le tour des voyageurs pendant l’attente en douane et a contrarié beaucoup d’entre nous.

Sortant de l’aéroport nous sommes répartis dans des bus. Notre guide s’appelle Isabelle. Elle est jolie, parle un bon français et ne parle pas tout le temps, ce qui est le contraire de notre guide Laurent qui a guidé notre visite au village d’indiens. Il était passionnant mais n’arrêtait pas de parler. Ça n’arrêtait jamais. Avec Isabelle tout se passe dans le calme. Nous allons à Quito qui se situe à 2.850 mètres d’altitude. Les routes sont pentues et étroites, la circulation demande une attention de tous les instants. La vieille ville est évidemment très marquée par une influence espagnole et par une influence catholiques très fortes. Nous marchons dans les rues et ce qui frappe c’est la différence avec Panama. Au vieux Panama, les maisons sont bien entretenues, mais il n’y a pratiquement pas de vie. A Quito, des boutiques, des échoppes fleurissent dans toutes les rues. Il y a une vie intense. Nous marchons sur la Place de l’Indépendance, carrée avec quatre façades dont l’une est le palais présidentiel, une autre le palais de l’Archevêché, les deux autres étant la cathédrale et la mairie. C’est très espagnol. Je remarque un arbre très haut, d’une vingtaine de mètres, taillé à la base mais très feuillu en hauteur. Je demande à Isabelle s’il s’agit d’un araucaria. Elle confirme, ce qui en impose aux membres de mon groupe.

Nous visitons l’église de la Compagnie de Jésus, des jésuites, qui est un monument invraisemblable. Tout est en or du sol au plafond, avec des décors baroques lourdement chargés. Il doit y avoir des tonnes d’or, même si les feuilles d’or sont fines. Hélas, il est interdit de photographier. On nous entraîne dans une immense salle attachée à cette église où des serveurs avec des plateaux nous tendent des boissons et des petits fours de grande qualité. Un touriste me tend son verre de vin rouge pour que je le goûte et manifestement c’est très bon. Nous restons là assez longtemps et à un moment l’un des cadres d’accompagnement de notre croisière se met sur une estrade et chante avec une belle voix un Ave Maria d’un compositeur italien. Une femme violoniste lui succède. Nous nous rendons ensuite à pied jusqu’à l’hôtel Casa Gangotena qui est très proche de l’église et du centre-ville. On me donne les clefs de ma chambre et je suis stupéfait par la qualité et le niveau de la chambre que l’on m’a attribuée. L’hôtel est d’une bâtisse très ancienne, probablement du 18ème siècle. Il y a un patio avec une fontaine et le long de ce patio ma chambre est en rez-de-jardin. Elle est immense, bien décorée et bien équipée.

C’est donc avec un large sourire que je prends possession de ma chambre qui est nommée « Garden 2 ». A ce moment j’ai un coup de barre et je pense que c’est plus le fait d’une nuit courte précédente, car j’ai passé beaucoup de temps à faire mes valises et à rédiger ces notes que le fait de l’altitude. J’avais noté qu’Isabelle notre guide, quand elle parle donne l’impression d’être essoufflée. Je n’ai pas la moindre impression qui serait liée à l’altitude. C’est probablement cette nuit que je le sentirai.

A 19heures nous avons rendez-vous pour un spectacle en plein air qui durera une heure. A 2.800 mètres il fait très froid la nuit. Je me protège donc. Par bonheur la pluie s’est arrêtée. Sur la place du théâtre, des femmes dansent dans des costumes traditionnels. Ce sont des danses avec des bougies, des danses de lavandières avec des pots à eau, , avec de cerceaux fleuris, des danses hommes et femmes séparément ou ensemble. La musique a des thèmes extrêmement simples répétés à l’infini. D’une danse à l’autre il n’y a pas d’originalité significative. C’est très bon enfant et la chorégraphie est minimaliste. Le numéro qui m’a particulièrement plu est la danse d’une huitaine d’hommes et autant de femmes qui tiennent en main chacun un ruban attaché au sommet d’un mât. Ils tournent dans tous les sens au son d’une musique et les rubans s’entrecroisent, formant des torsades aux motifs divers. Lorsqu’ils ont fini une belle construction de rubans entrelacés en réseau, ils changent de direction pour détricoter leur entrelacs. Ils vont tellement vite qu’on redoute qu’ils ne fassent des nœuds qui empêcheront le détricotage mais tout se passe un mieux. Tout cela est simple et naïf et bon enfant et par moment je me suis demandé si ce n’était pas de l’attrape-touriste. Ça l’est sans doute mais c’est apprécié. Après ces numéros, les danseurs vont chercher dans la foule des spectateurs pour danser avec elles et eux. Etant au premier rang je suis appelé par une danseuse qui est très probablement grand-mère et sur des mouvements très simples nous dansons main dans la main. Ce qui m’a surpris c’est que dansant pendant de longues minutes, je n’ai pas senti l’essoufflement qui est classique à ces altitudes.

Nous montons au premier étage du théâtre, qui est exploité par un restaurant, où un dîner est prévu dans une grande salle. Le menu préparé par le chef du restaurant Theatrum est : trois chaussons équatoriens : pâte de banane plantain fourrée à la crevette, pâte de blé local farcie au fromage frais, pâte de maïs blanc au porc et leurs trois sauces épicées / plat traditionnel au lait de coco de la province d’Esmeralda (côte nord de l’Equateur) composé de bar, calamar, poulpe et crevettes / fruits éxotiques de l’Equateur (naranjilla, chirimoya, guayaba, babaco et guanabana) apprêtés par le chef. Cette cuisine gourmande est de bonne qualité et j’ai apprécié surtout le dessert de fruits originaux et les chaussons équatoriens.

Nous sommes rentrés à l’hôtel en bus. Chacun n’a qu’une envie, c’est de dormir et dormir encore.

Il y a à Quito beaucoup plus de chaleur humaine qu’à Panama City. Cette ville appelle la sympathie.

Jeudi 16 novembre

La nuit a été reposante et structurante après des nuits bien courtes. J’en suis d’ailleurs étonné car lorsque j’étais allé avec ma femme à Val-Thorens, à 2300 mètres d’altitude, nous avions eu des nuits difficiles du fait de l’altitude. Je me suis levé à 6h20, frais et dispos, et j’ai pris le petit déjeuner dans la salle de restaurant Cerdon de l’hôtel Casa Gangotena. La décoration est belle et cet hôtel fait très familial à côté des hôtels gigantesques tels que le Trump. Le petit déjeuner est agréable et j’ai surtout apprécié les confitures maison dont celle à l’ananas qui est diaboliquement bonne.

Comme au petit déjeuner on se sert à des buffets et comme on tient en main son assiette, croiser  d’autres personnes n’est pas toujours aisé. Je me trouve face au patron du voyagiste et je lui dis bonjour. Il passe devant moi sans un mot. Quel ours !

Nous partons à pied visiter l’église Saint François d’Assise avec le cloître attenant et un musée. Nous attendons que d’autres groupes soient avancés dans leur visite ce qui permet de voir le nombre invraisemblable de pigeons qui volent sur la place, nourris par des autochtones.

La décoration de l’église est incroyablement chargée comme celle de l’église des jésuites, et il y a aussi des tonnes d’or dans la décoration moins imposantes toutefois. Nous ne voyons l’église que d’une salle capitulaire en mezzanine car il y a un office. La salle est décorée de stalles surmontées de la représentation sculptée en bois de nombreux franciscains. Ces sculptures sont d’un réalisme à signaler. Dans le patio s’ébattent des tourterelles des perroquets et des aras. Dans le musée il y a des peintures sur toile, sur bois et sur marbre ainsi que des sculptures qui représentent la vie de Jésus, de Saint François d’Assise, de Saint Antoine de Padoue et de Marie. Le réalisme des sculptures peintes est impressionnant. La richesse de ce musée est certaine. L’église a demandé 130 ans de construction jusqu’à la finition de toutes les décorations. Aucun des pionniers n’en a vu la fin.

Nous nous rendons ensuite au marché couvert où abondent les stands de fruits riches et goûteux, de viandes, de légumes et aussi de plantes médicinales selon la médecine ancestrale. On nous fait goûter, l’un d’entre nous a le bras massé avec des plantes et des fleurs. C’est amusant.

Nous visitons ensuite un meunier qui broie toutes sortes de céréales depuis trois générations et s’approvisionne directement chez les agriculteurs. On nous fait goûter des farines pilées. Cette visite n’a pas de réel intérêt car le moulin n’est pas en action. La randonnée se poursuit par des échoppes de parfums et onguents. On est dans l’attrape-touriste.

Nous allons ensuite dans le quartier La Ronda où il y a un nombre important d’artisans, de forge, de ferblanterie, de savons et crèmes à base de miel, d’orfèvrerie et autres métiers. Dans cette rue piétonne des myriades de jeunes enfants jouent ou font la ronde. C’est une journée de joie pour les enfants. Dans une boutique, un chocolatier nous montre comment il fait ses chocolats. Sa dextérité est impressionnante et ses chocolats sont délicieux… c’est un suisse. Dans une petite cour où sont installées des tables et des chaises, je bois un chocolat chaud excellent.

Nous allons déjeuner au restaurant Plaza Grande  qui est dans une bâtisse très ancienne comme notre hôtel et richement décorée. Au premier étage, il y a le restaurant bar « La Belle Epoque ». Un pianiste et un violoniste vous accompagner notre repas en jouant des morceaux de toutes origines internationales. Le pianiste est nettement meilleur que le violoniste qui ne joue pas toujours juste.

Le menu du restaurant est : crème d’orties et son capuccino de cardamome, toast aux fines herbes / sorbet de noix de coco et citronnelle / médaillon de bœuf en sauce parfumée au romarin et pesto de crevettes à la coriandre, accompagnée de purée de pommes de terre et légumes / fruits de la passion façon toast.

Si j’avais un conseil à donner au propriétaire du restaurant, ce serait de licencier immédiatement son chef. Car si la soupe est de bonne qualité, le plat principal est immangeable, tout étant trop cuit, fade, insipide. Les crevettes surgelées et farineuses sont une honte. J’ai à peine touché au plat. Et le dessert au chocolat n’est pas goûteux et éteint le goût du fruit de la passion.

Avant cette déconvenue j’avais déjà décidé de ne pas suivre le programme de l’après-midi, car ces longues promenades sont éreintantes. Avec cinq autres voyageurs nous sommes rentrés à pied à l’hôtel pour nous reposer.

Le dîner est au restaurant Cedron de l’hôtel à 19h30 ce qui est tôt, car nous allons partir demain à 6h30 pour prendre l’avion vers l’île de Pâques. Le fait que le voyagiste s’occupe de nos bagages pour les enregistrer et les livrer ensuite directement dans nos chambres part d’un bon sentiment. Mais cela oblige à donner nos valises après le dîner. Elles resteront en soute jusqu’à Tahiti ce qui oblige à vivre deux jours avec les bagages. J’avoue que cette gymnastique n’est pas ma tasse de thé.

Au bar avant le dîner un compagnon de route m’offre un mojito. C’est très agréable. A table, le menu que je choisis est : ceviche de vivaneau rouge, marinade façon Manabi, mousse de citron vert, tomates confites / Paiche (poisson) bananes plantains et sauce aux cacahuètes, manioc volcanique / glace du jour. Le Ceviche est excellent, on ne peut que le complimenter. Le poisson est insipide, le manioc sans goût et ce plat est raté. La glace mérite une accoutumance car c’est un sorbet d’un fruit médicinal qui fait penser à une tisane. C’est amer mais ça se mange si l’on entre dans le jeu.

Les valises sont faites, je vais me coucher pour une nuit de moins de six heures. Demain je reverrai l’île de Pâques dont je crois avoir vu tout ce qu’on peut voir.

L’Equateur est un pays tentant. Il est très actif, il y a des petits commerces partout et même des ventes à la sauvette. Les fruits sont tous bons. L’hôtel est superbe. Les visites d’églises sont riches d’émotions culturelles. Ce fut un beau séjour.

Vendredi 17 novembre

Petit déjeuner à 5 heures, c’est tôt. Il fait encore noir. Nous allons quitter ce bel hôtel et cette ville vivante.

Il y a dans le groupe de touristes des voyageurs invétérés. L’un d’entre eux, de 90 ans, a voyagé dans 130 pays. Il est vaillant et d’attaque. Il a affronté les risques des pirogues sans problème. Le seul moment de panique pour lui a été à l’hôtel Trump quand il a pris un bain. Pendant trois quarts d’heure il a essayé de sortir de la baignoire et n’arrivait pas tant les parois sont glissantes. Et, bien évidemment, il ne pouvait pas téléphoner pour demander de l’aide. Un prêtre de Meaux est aussi un grand voyageur devant l’Éternel. Les fous de voyages ne manquent pas et je me sens bien petit à leurs côtés.

Nous partons à 7 heures vers l’aéroport de Quito. C’est l’heure de pointe et l’on voit à quel point la ville subit des encombrements terrifiants au point que les voitures sont autorisées à circuler à ces heures en fonction de leur numéro minéralogique. A l’aéroport nous prenons l’avion vers l’Île de Pâques pour un vol de six heures. Nous quittons un pays fort sympathique, vivant et qui comme le Panama, subit le choc démographique.

Le personnel de bord est toujours sympathique, les relations avec eux sont de plus en plus faciles et avec les voisins de vol, les relations sont de plus en plus détendues. Un apéritif sommaire est agréable. Pour le repas, le flétan que j’ai pris est de bonne qualité malgré le problème des températures de cuisson, difficiles à respecter lors d’un vol en avion.

Nous arrivons à l’Île de Pâques sous la pluie qui ne nous quittera pas de la journée. La douane garde nos passeports jusqu’à demain. En sortant de l’aéroport de ravissantes jeunes femmes qui chantent, accompagnées par des guitaristes, nous mettent un collier de fleur autour du cou. Nous partons dans des cars sommaires qui accueillent difficilement les bagages à main que nous avons et pour mon bus la climatisation ne va jamais trouver la bonne température, donnant un froid sibérien ou un sirocco brûlant.

Nous arrivons à l’alignement de Moaïs de Tongariki qui est impressionnant, sur un site magique à l’est de l’île. Avec mon épouse nous avions passé cinq jours sur cette île et nous pensions qu’après avoir tout vu, revenir serait inintéressant, mais je suis ravi de revoir ce site si chargé d’émotion.

Notre guide Céline est une spécialiste des légendes des îles océaniques. A chaque sujet ou chaque question elle répond par des doutes plus que par des affirmations, ce qui est le doute scientifique poussé à l’extrême. Il est vrai que la tradition orale n’a quasiment rien laissé quand la population a été presque entièrement décimée, mais c’est assez frustrant qu’il n’y ait que des questions et pas de réponses. Par ailleurs elle raconte volontiers sa vie et son actualité ce qui n’est pas forcément notre souhait. De ce fait, je la suis fort peu lorsque le bus s’arrête. Nous allons voir ensuite le volcan le plus haut de l’île qui a subi récemment un important incendie sauvé par un sourcier sorcier chilien venu pour commander la pluie, et ça a marché.

Nous visitons ensuite le très joli site de Tahai où il y a de beaux Moaïs dont certains avec chapeaux et qui comme à Tongariki tournent le dos à la mer. Il y a sur ce site un vrai port d’accès à la mer qui est inhospitalière sur presque toutes les côtes de l’île.

Trempés, marchant dans la boue nous entrons dans une immense salle pour un dîner buffet. Les verres qu’on nous tend à l’apéritif sont très alcoolisés, avec de la mangue ou une herbe médicinale. La nourriture est très acceptable et alors que nous sommes en novembre 2017 je vais pour la première fois goûter un vin de 2017, un Misiones D Rengo cabernet sauvignon du Chili 2017. Sa couleur est violette, son goût d’un fruit acceptable mais sacrément jeune.

Vient alors le moment du spectacle de chants et danses locales de Rapa Nui. Les danseurs sont très dénudés, avec des pagnes suggestifs, et dansent de façon aussi suggestive. Les danseuses ondulent des hanches et le spectacle est beau. A un moment danseurs et danseuses viennent inviter des spectateurs à danser avec elles ou eux. La plus jolie des danseuses m’invite à danser avec elle sur la scène. Je suis captivé, que dis-je, capturé par son sourire. Je ne sais pas pourquoi la pluie, la boue n’ont plus aucune importance. Un sourire béat éclaire mon visage. Très vite je reviendrai sur terre.

Nous sommes disséminés en plusieurs hôtels et notre guide qui parle toujours d’elle-même nous fait descendre à un autre hôtel que le nôtre. A ce moment, la jolie danseuse est vite oubliée car c’est la contrariété de trop.

Nous arrivons à l’hôtel Tahatai qui est au bord de la mer. On nous offre de pouvoir boire au bar et avec des compagnons de route je bois une bière. Comme on m’en offre deux, j’en offre une à un habitant de l’île qui m’embrasse come si j’étais son frère. A mon départ du bar il m’embrassera encore. Ma chambre a un confort assez spartiate, voire minimaliste. L’internet passe mal. Il est temps de dormir.

Samedi 18 novembre

L’hôtel Tahatai dans la grande ville de l’Île de Pâques est au bord de l’eau. De ma chambre lorsque le soleil est levé, je peux voir une mer calme. Je vais prendre un petit-déjeuner très agréable dans une grande pièce qui est face à la mer. La végétation est luxuriante. Alors que le ciel paraissait dégagé, une ondée arrive sans crier gare. Ici le temps est toujours incertain. Le reste de la matinée va se passer sous un chaud soleil.

Nous allons au site où se situent les Moaïs, ces grandes statues de pierre plantées dans une colline où se faisait la construction. Le plus grand des Moaïs est de 22 mètres, encore attaché à la roche. Ce site est majestueux, avec une vue panoramique brillant sous le soleil. Un Moaï diffère de tous les autres car il est assis sur ses talons et on lui voit les jambes. La forme ronde de sa tête diffère de toutes les autres.

Nous allons ensuite sur la seule plage vraiment fréquentable où ont été plantés des dizaines de palmiers polynésiens importés. Le sable est blanc et une rangée de cinq Moaïs veille sur le site.

Nous revenons à l’aéroport où notre avion nous attend. Nous allons récupérer nos passeports qui étaient restés à la douane et pour entrer dans l’aéroport des jeunes filles vont nous mettre au cou un collier de coquillages, des grains de café. La danseuse qui m’avait invité à danser avec elle sur l’estrade me reconnaît et m’embrasse gentiment. C’est elle qui me passera le collier au-dessus de la tête et me donnera un nouveau baiser, en tout bien tout honneur, bien sûr.

L’avion mettra six heures pour faire les 4.800 kilomètres qui nous séparent de Tahiti. Le décalage horaire avec Paris est de 11 heures, ce qui est cinq heures de plus qu’à Panama, Quito et l’Île de Pâques. Au fil des jours les relations avec les voyageurs et avec le personnel de bord deviennent de plus en plus détendues. C’est une bonne chose.

J’avais choisi à l’avance pour le repas du poulet plutôt que du thon car je redoutais que le thon ne soit trop sec. Mauvaise pioche car mon poulet a tout du béton lourdement armé. Je n’en ai rien mangé.

Au départ, le pilote a fait le tour de l’île de Pâques dans les deux sens pour que les passagers proches des hublots puissent faire des photos. C’est un cadeau précieux et impressionnant tant l’on croit que les ailes touchent les falaises. A l’arrivée à Tahiti, nous avons fait deux fois le tour de l’île mais là ce n’est pas un cadeau. Le pilote s’apprêtait à atterrir quand au dernier moment il mit les gaz et remonta à 1700 mètres d’altitude. L’explication vint un peu plus tard : du fait d’un vent très violent la tour de contrôle a demandé au pilote d’atterrir plus tard.

A l’arrivée nous sommes accueillis par des chants et des danses discrètes. Les formalités douanières sont extrêmement souples. Le voyagiste a trouvé intéressant pour les touristes que les bagages soient pris en main à chaque arrivée par ses équipes et que nous trouvions nos bagages dans nos chambres sans avoir dû faire ce transfert. L’idée est bonne, mais il faut nous occuper pendant deux à trois heures pour n’entrer dans l’hôtel que lorsque les bagages sont livrés. On nous propose de visiter un marché couvert qui est normalement fermé le samedi et le dimanche et ne sera ouvert que pour nous. Là aussi l’intention est louable, mais le fait de commencer la visite de Tahiti par une visite d’un marché couvert ne faisait pas partie de mes rêves les plus fous. Dans le marché couvert dont de nombreux stands sont fermés il y a surtout des échoppes de fruits et légumes, des vendeurs à la sauvette de perles de Tahiti et quelques magasins de fringues. J’achèterai d’ailleurs un teeshirt à un prix très parisien.

De jeunes gens costumés, quatre garçons et quatre filles, dansent sur la musique et le chant d’un guitariste. Les garçons sont très musclés et les filles jolies. On nous propose de goûter des morceaux de noix de coco coupés devant nous et de déguster des dès de mangue, de banane et de papaye. Manifestement, avec le décalage horaire de cinq heures, nous avons plus envie de nous reposer que de faire du shopping.

Nous nous rendons à l’hôtel Intercontinental qui est gigantesque. Mes valises sont dans ma chambre, ouf ! Je demande qu’on vienne prendre mon linge à laver qui remplit deux énormes sacs. C’est un jeune homme en maillot de bain et torse nu qui est venu chercher les deux sacs.

Le temps de m’occuper du linge, du wifi qui ne marche pas pour mon téléphone et de prendre une douche fait que je n’ai pas pu me baigner dans la piscine ou dans la mer qui est juste en bas de ma terrasse, au même niveau que la pelouse de l’immense jardin.

A 19 heures nous allons dîner au restaurant Le Tiare de l’hôtel Intercontinental. Il s’agit d’un buffet dont les poissons crus sont excellents. Ils seront l’essentiel de mon repas.

A 20 heures un groupe de huit hommes et huit femmes des îles Marquises dansent et chantent selon une histoire ou un schéma qu’on ne peut pas comprendre puisque la langue est polynésienne mais on peut essayer de deviner. Les hommes sont très musclés et très tatoués. Ce sont des guerriers qui ont des armes pour tuer et qui prendront (fictivement) une pirogue pour aller vaincre des ennemis. Les hommes sont agressifs et font des hakkas polynésiens destinés à effrayer les ennemis. Les femmes soutiennent les hommes mais on sent qu’elles prêchent pour la paix, qu’elles cherchent à calmer les ardeurs des hommes, même si elles partagent des chants guerriers avec les hommes. Le spectacle est très coloré. A un moment, des danseurs hommes et des femmes vont chercher dans la foule quelques personnes dont je ferai partie, sans doute parce que je suis placé à une table facile d’accès aux danseurs pour inviter des voyageurs, invitations que l’on a demandé de ne pas refuser.

Les femmes de notre voyage danseront avec les femmes et les hommes avec les hommes. Nous devons imiter les gestes des danseurs et c’est très bon enfant. Ceux qui restent à table vont rire de nos erreurs de synchronisation des mouvements. J’ai été frappé par la grande gentillesse de ces colosses, qui nous montrent les gestes et nous aident à les corriger. Les poignées de main de remerciements et de complicité s’échangent. Ces guerriers menaçants savent être très accueillants.

A Tahiti tout le monde sourit. Les jeunes femmes sont d’une grande beauté et les plus vieilles même si elles ne répondent pas à des canons de beauté ont un charme fort très lié à leurs sourires. La végétation est luxuriante et belle et les fruits abondants sont délicieux.

J’ai pris des excursions optionnelles sur les deux jours à venir alors que j’aurais besoin de repos. Je n’annulerai pas mais j’en ai la tentation.

Dimanche 19 novembre 2017

Je me lève à 6 heures du matin en pleine forme, reposé, mais je sais qu’à un moment ou à un autre, j’aurai probablement un coup de fatigue. Je pars à 8h30 dans un bus pour l’excursion optionnelle « Nature et Culture ». Je n’en sais pas plus. Nous sommes 27 dans le bus avec Fipa, la guide qui est une italienne qui a épousé un français et vit depuis 31 ans à Tahiti. Elle va nous raconter des choses intéressantes, même si elle approfondit peu les sujets qu’elle traite, mais ce qui me gêne c’est qu’elle tient son micro contre ses lèvres et envoie dans nos oreilles des décibels insupportables. Fort curieusement très peu de personnes éprouvent la même gêne, mais c’est un calvaire pour moi.

Nous allons faire le tour de la grande île de Tahiti en nous arrêtant sur des sites remarquables soit au plan de la flore soit au plan de la culture. Mon téléphone, pour des raisons de sécurité, oblige à mettre un code pour le déverrouiller. Ce qui fait que dans le bus qui roule, quand je veux prendre une photo, j’arrive toujours en retard. Il m’a fallu de nombreux essais pour photographier la montagne « le diadème » car ses crêtes ressemblent à un diadème. Le premier arrêt sur un site en hauteur, nous permet de voir la barrière de corail, mais c’est relativement peu photogénique.

Le deuxième arrêt est au bord de l’eau, à la pointe de Vénus, au pied d’un phare carré de 25 mètres de haut, plus haut que les plus hauts cocotiers, créé par des ingénieurs français en 1867 sous le règne de la très célèbre reine Pomaré IV. Il y a des embarcadères à petits bateaux avec balanciers et une plage où l’on peut faire du surf ou du paddle-surf. Il y a aussi un petit monument en l’honneur de l’arrivée des missionnaires, en 1797, trente ans après l’arrivée de James Cook. C’est très familial et comme c’est un dimanche, beaucoup de familles s’adonnent au plaisir de l’eau.

L’arrêt suivant est au trou du souffleur de Ara Hö Hö. Sur un site de rochers sur l’eau, il y a un arrangement des pierres qui fait que quelques mètres plus loin, l’eau de mer jaillit non pas en eau mais en bruine et fait un bruit de soufflerie. Notre guide, pour nous montrer, a joué les Marilyn Monroe sur la bouche de métro en espérant que le souffle soulève ses jupes, ce qui fut le cas.

L’arrêt suivant nous permet de voir la plus grande cascade de l’île qui a un débit impressionnant, au site de Faarumai. L’eau ruisselle avec un débit important directement lié au fait que les quinze derniers jours ont été fort pluvieux.

Nous allons déjeuner au restaurant bar du Musée Gauguin directement sur l’eau, au point que l’eau est quasiment au niveau du plancher. De nombreux tahitiens en famille avec des couronnes de fleurs et des colliers de fleurs déjeunent en ce lieu. Une voyageuse de notre groupe fera remarquer que s’il y a autant d’autochtones présents, c’est que la nourriture doit être bonne. Et elle l’est. Les poissons crus que j’ai pris sont délicieux. Les viandes sont correctes. Comme il n’y a aucun chevalet indiquant ce que sont les plats proposés, j’ai pris du lapin, à ma grande surprise. Au dessert, les ananas sont des merveilles tant ils sont sucrés et la tarte à la noix de coco est probablement la meilleure que j’aie goûtée.

Nous nous arrêtons pour aller visiter les jardins d’eau de Vaipahi. C’est un jardin botanique aux fleurs d’une rare richesse. Il y a une plante dont les fleurs sont les roses de porcelaine. La fleur est rouge, avec le centre qui ressemble comme deux gouttes d’eau à un protea, et les feuilles épaisses et d’un rouge vif semblent faites en porcelaine. Une feuille de lotus est d’un rose dégradé délicat et le centre est d’un jaune éclatant, avec des points noirs presque en symétrie. Ce jardin me rappelle l’immense parc de la Fondation Fairchild à Miami où il y a aussi des fleurs luxuriantes.

Un autre arrêt est sur un site sacré, un marae, fait de pierres de lave noire, avec le Te Tahua qui est la cour et le Te Ahu qui est l’autel réservé aux puissances divines et ancestrales. C’est très ancien et existait avant que l’île ne soit découverte par des européens à partir de 1767.

Notre dernière halte, la huitième, ce qui est beaucoup, d’autant qu’il pleut depuis la fin de notre déjeuner, est pour visiter le Musée de Tahiti et des îles. Cette visite est particulièrement intéressante, largement plus passionnante que le musée de la biodiversité de Panama.

Il y a des vestiges de la préhistoire et l’on remonte jusqu’à il y a 40.000 ans, période glaciaire qui fait que les niveaux des eaux étant particulièrement bas, plusieurs grandes îles dont l’Australie formaient un seul continent, le Sahul. Le musée raconte les migrations et les explorations entre continents, montre les outils de ces périodes primitives et décrit les langues, les coutumes puis l’histoire proche avec l’apparition des Pomaré comme rois de Tahiti. Une célébrité est la reine Pomaré. Le dernier roi, Pomaré V sans progéniture fit don à la France des îles qu’il a dirigées, en 1880.

Tout est passionnant mais je commence à être épuisé. De retour à l’hôtel, j’ai encore les oreilles qui bourdonnent du fait de la nuisance sonore de la guide. Ce fut malgré cet agacement une journée hautement intéressante car je suis heureux d’avoir fait le tour de l’île, mes yeux se remplissant de milliers d’images. Les maisons sont généralement très sommaires, certaines étant construites sur des pilotis en protection contre les cyclones mais aujourd’hui on investit beaucoup plus sur une plus belle voiture que sur une plus belle maison. La hauteur des sièges du bus permet de voir au-dessus des clôtures et on constate que très souvent les défunts sont enterrés dans les jardins.

Les jardins sont très soignés. La nature est tellement luxuriante et généreuse que les mangues abondent ainsi que les noix de coco. Cette île est chaleureuse, souriante. Un vrai paradis, même quand il pleut. A noter que les prévisions météorologiques échappent à toute certitude. La guide nous avait dit ce matin, comme le staff du voyagiste, que nous avions de la chance car il ferait beau toute la journée. Depuis midi il a plu à grosses gouttes. Au retour, j’ai voulu aller me baigner. J’ai enfilé mon maillot de bain et au moment de sortir, il pleuvait tant que je n’ai pas insisté.

Le dîner était prévu en un restaurant plus avancé vers la mer que celui de la veille mais les pluies qui se sont abattues ont poussé la direction à faire le dîner au même restaurant qu’hier, au restaurant Le Tiare. Ce sera un buffet. Les poissons crus sont toujours aussi bons, une pièce de bœuf s’est montrée excellente avec un gratin dauphinois et  parmi les desserts un petit cake à la frangipane et à l’ananas m’a plu. Nous avons bu un Champagne Billecart-Salmon brut sans année de très bel équilibre et joyeux. Demain il faut partir à 7h15 pour une nouvelle excursion. C’est du stakhanovisme !

bulletins du 2ème semestre 2017 du numéro 741 à … samedi, 11 novembre 2017

(bulletin WD N° 755 171113)   Le bulletin n° 755 raconte : déjeuner au restaurant L’Ami Jean, Krug à la maison, 218ème dîner de wine-dinners au restaurant Taillevent.

(bulletin WD N° 754 171107)   Le bulletin n° 754 raconte : 217ème dîner au restaurant Michel Rostang, dégustation du Cognac Louis XIII de Rémy Martin à l’hôtel Royal Monceau.

(bulletin WD N° 753 171031)   Le bulletin n° 753 raconte : dîner caritatif de vins anciens au château de Beaune de la maison Bouchard Père & Fils, déjeuner au restaurant Les Magnolias au Perreux-sur-Marne.

(bulletin WD N° 752 171024)   Le bulletin n° 752 raconte : déjeuner d’anniversaire de ma fille, vin incertain bu avec mon fils, déjeuner au restaurant Le Petit Sommelier, dernier dîner du séjour de mon fils avec des vins étranges, déjeuner de conscrits au Yacht Club de France.

(bulletin WD N° 751 171017)   Le bulletin n° 751 raconte : dîner au restaurant l’Écu de France à Chennevières, cocktail de lancement du nouveau numéro de la revue « Papilles » au restaurant Laurent, déjeuner à L’Automobile Club de France, déjeuner à la Manufacture Kaviari sur une cuisine de Valérie Costa, chef.fe étoilé.e d’Ollioules

(bulletin WD N° 750 171003)   Le bulletin n° 750 raconte : cocktail au siège de la société Pinel et Pinel pour découvrir Salon 2006, dîner à Londres au One-O-One restaurant, mariage roumain dans le Surrey, incroyable dîner au Taillevent avec le prétexte d’un Hermitage La Chapelle 1961.

(bulletin WD N° 749 170926)   Le bulletin n° 749 raconte : Déjeuner au restaurant Passage 53, déjeuner de famille, déjeuner au restaurant Pages, déjeuner au restaurant Laurent avec l’académie des gastronomes.

(bulletin WD N° 748 170919)   Le bulletin n° 748 raconte : champagne impromptu avec ma fille, réception d’une américaine grande fidèle de mes dîners, dîner à la Vague d’Or à Saint-Tropez, dîner de grands champagnes.

(bulletin WD N° 747 170912)   Le bulletin n° 747 raconte : week-end gastronomique traditionnel du 15 août avec déjeuner chez des amis, et dîner dans ma maison du sud, dîner de famille, dîner chez des amis.

(bulletin WD N° 746 170905) Le bulletin n° 746 raconte : nombreux repas de vacances avec mes enfants, occasions d’ouvrir de grands vins,  déjeuner avec des cousins, coup d’envoi des festivités du week-end du 15 août, dîner au restaurant La Promesse à Ollioules.

(bulletin WD N° 745 170829)    Le bulletin n° 745 raconte : plusieurs repas de vacances dont deux au restaurant La Promesse à Ollioules au sein du domaine de Terrebrune, deux au restaurant BOR à Hyères, en bord de mer et plusieurs repas de famille aussi en bord de mer.

(bulletin WD N° 744 170822) Le bulletin n° 744 raconte : dîner au restaurant La Promesse à Ollioules, deux repas en famille, déjeuner au restaurant San Felice de l’hôtel du Castellet, et un autre dîner en famille dans le sud avec des grands vins.

(bulletin WD N° 743 170718)  Le bulletin n° 743 raconte : déjeuner au restaurant H. Kitchen, déjeuner au restaurant du Polo de Bagatelle, dîner au restaurant La Vague d’Or à Saint-Tropez, dîner dans ma maison du sud, déjeuner chez des cousins près d’Orange.

(bulletin WD N° 742 170711)   Le bulletin n° 742 raconte : dîner de famille avec des vins rares, dîner avec mon fils, déjeuner au restaurant Le Petit Sommelier, dîner au restaurant Taillevent avec des recettes à quatre mains.

(bulletin WD N° 741 170704)   Le bulletin n° 741 raconte : dîner à l’Assiette Champenoise après la dégustation de 38 champagnes Pol Roger, 216ème dîner de wine-dinners au restaurant Laurent.

 

 

 

Salon des vins matures le 4 décembre 2017 samedi, 11 novembre 2017

Le 4 décembre aura lieu au Huit Valois un salon consacré aux vins qui ont déjà une maturité.

Pour avoir des renseignements et s’inscrire il faut aller ici : https://www.vinapogee.com/

Il y aura des ateliers et j’en animerai deux :

  • Un atelier où on pourra goûter des Maury de 1937 – 1959 – 1997
  • Un atelier où on pourra goûter des sauternes Lafaurie Peyraguey de 1926 – 1964 et 1996

L’idée est de montrer par ces expériences en quoi les vins anciens permettent d’approcher des complexités nouvelles.

Allez sur le site de Vinapogée et inscrivez-vous. Ce sera passionnant.

Je vous attends, sachant qu’il y a un nombre de places limité.

Reportage sur ma cave et mes dîners jeudi, 9 novembre 2017

Un reportage a été fait sur ma cave et sur mes dîners par un journaliste de Vice.com un site très éclectique. Voici le lien (les deux adresses conduisent au même article) :

https://www.vice.com/fr_ca/article/vb3p58/avec-francois-audouze-le-pape-des-vins-anciens?utm_source=VICEQUEBECTWITTERCARD

http://bit.ly/2yjakZV

A lire sans modération !

17ème dîner de vignerons jeudi, 9 novembre 2017

Comme chaque année lors de la visite en France de Bipin Desai, grand amateur de vins, j’organise un dîner de vignerons. C’est le 17ème dîner de vignerons appelé le « dîner des amis de Bipin Desai » et comme il est organisé à la façon de mes dîners je le compte comme le 219ème de mes dîners.

Les participants de ce dîner sont : Guillaume d’Angerville (domaine d’Angerville), Véronique Boss et Michel Boss (domaine Drouhin), Dominique Demarville (champagne Veuve-Clicquot), Jacques Devauges (Clos de Tart), Jean Luc Pépin (domaine Georges de Vogüé), Charles Philipponnat (champagnes Philipponnat), Gilles de Larouzière (champagnes Henriot), Pierre Trimbach (maison Trimbach), Bipin Desai et moi. Richard Geoffroy (champagne Dom Pérignon) ayant été empêché de venir a demandé que son vin soit servi. Nous sommes onze avec un lourd programme : douze bouteilles et quatre magnums.

J’arrive à 17 heures au restaurant Laurent et Ghislain, le chef sommelier, a déjà présenté, pour une photo de groupe, tous les vins dans l’ordre de service. Il me présente Aurélien, jeune sommelier qui sera en charge de notre table. A l’ouverture des vins, le riesling 1985 a un parfum glorieux, pur, parfait. Le Montrachet a 1990 un nez incroyable car je  ressens des fruits rouges confiturés que Ghislain ne perçoit pas comme moi. Le vin paraît très riche. Le Musigny blanc 1986 qui a été rebouché en 2002 a un nez qui sent fort le soufre.

Le Volnay 1992 a un nez de vin de vigneron collé à sa terre. C’est un parfum sans concession, très jeune. Le Clos de Tart a un nez qui a toute la noblesse de la Bourgogne. L’amertume et la râpe que l’on sent sont superbes.

Le Bonnes Mares 93 a un bouchon qui semble neuf mais aucune indication de rebouchage n’est inscrite. Jean-Luc Pépin me dira plus tard que s’il n’y a pas d’indication, c’est que le bouchon n’a pas été changé. Le nez me plait beaucoup. Le vin semble franc et joyeux. Le parfum du Muscat 1897 me tétanise et me renverse. Il a une complexité invraisemblable car il a à la fois de la douceur mais aussi une acidité citronnée diabolique. Ce vin est l’expression de la quête permanente de l’ultime. Le bouchon très court comme celui des Chypre 1845 est d’un liège parfait. Je rebouche tout de suite la bouteille pour que ce parfum unique ne s’évapore pas.

Pendant que j’officie Ghislain me propose un verre de Champagne rosé Pierre Paillard les Terres Roses Bouzy Grand Cru. Cet extra brut est très agréable et de belle construction.

Ghislain a ouvert à 18h30 le Champagne Henriot Cuve 38 magnum La Réserve Perpétuelle Blanc de Blancs qui est fait selon la méthode de la solera. Je demande à le goûter et si sa construction est parfaite, sa légère amertume en fait un champagne un peu strict.

Les vignerons amis arrivent à 19h30 et nous trinquons sur le champagne Henriot. Lorsque j’évoquerai avec mes amis l’amertume qui me gêne un peu, celui qui prendra la défense de ce champagne, avec des accents enthousiastes, c’est Dominique Demarville, de Veuve Clicquot. Le voir défendre ainsi ce champagne me plait beaucoup et montre que ma réserve n’a sans doute pas lieu d’exister.

Le menu qui a été créé par Alain Pégouret pour les vins de ce soir est : Amuse-bouche : rôtie au thon, gougère, pâté en croûte / Saint-Jacques marinées, radis en aigre-doux et salade potagère aux noisettes, gelée de « granny smith » / Turbot nacré à l’huile d’olive, bardes et légumes verts dans une fleurette iodée / Noix de ris de veau grillotée à la plancha et relevée à l’ail noir, purée de topinambour et céleri / Carré d’agneau, pommes soufflées « Laurent », jus / Chaource, Camembert / Pomme fondante au caramel façon « Tatin », arlette croustillante, crème d’Isigny / Palmiers.

Un vin et un champagne cohabitent sur les coquilles. Le Champagne Philipponnat Clos des Goisses 1979 dégorgé en 2010 est d’une puissance et d’une largeur qui sont impressionnantes. Ce champagne est goûteux de fruits jaunes et noble. Il est vraiment exceptionnel et Charles Philipponnat nous dira que venant pour la première à ce dîner de vignerons il a choisi une année qu’il considère une des plus grandes pour le Clos de Goisses. Il a raison car ce champagne expressif est percutant.

Il faut bien cela car le Riesling Cuvée Frédéric Émile Maison Trimbach magnum 1985 est tonitruant. Son parfum est intense, riche et en bouche c’est un Etna qui envahit. Ce riesling a une pureté extrême et une précision inégalable. C’est le riesling au sommet de son art et le format magnum aide à lui donner une rondeur particulière. Et ce qui me plait c’est qu’on peut passer du champagne au riesling et inversement sans aucune gêne. L’aigre-doux du plat ainsi que l’acidité sont un peu trop prononcés mais avec les coquilles seules, délicieuses, on se régale des deux vins.

Le turbot accueille deux vins blancs. Le Montrachet Marquis de Laguiche  Joseph Drouhin 1990 est plein et généreux. C’est une force tranquille qui n’est pas mitterrandienne. Il est joyeux et solaire et même gourmand.

A ses côtés le Musigny blanc Domaine Comte Georges de Vogüé 1986 a un nez très discret qui pose même des questions à Bipin Desai qui se demande s’il n’est pas dévié. Mais en fait ce vin a besoin de s’ouvrir, ce qu’il ne fera que lentement. Longtemps une énigme il délivrera un message d’une rare subtilité que j’ai appréciée en fin de verre. Difficile à comprendre il me plait beaucoup car il est raffiné. L’accord avec le turbot se trouve surtout avec la divine sauce. Le plat est excellent.

La noix de ris de veau est d’une grande qualité. Le Volnay Clos des Ducs Domaine Marquis d’Angerville magnum 1992 qui avait des accents un peu « les pieds dans la glaise » se présente sous un jour complètement différent. Il éclate de jeunesse et l’effet magnum lui donne une générosité rare. C’est un jeune chevalier conquérant qui ne doute pas de la victoire. Il est riche, gouleyant et pétulant.

Le Clos de Tart Mommessin 1978 est son strict opposé. Il est d‘un charme rare, très féminin, fait de rose fanée et de sel, ce qui évoque bien assez naturellement les vins du domaine de la Romanée Conti. Elégant et subtil, il est un peu plus vieux que son âge mais ça lui va bien. C’est un très grand Clos de Tart dont la superbe râpe est follement bourguignonne. Guillaume d’Angerville corrigera ma formulation en disant « follement Côte de Nuits » pour que ma remarque ne concerne que la Côte de Nuits. Les deux vins sont si dissemblables qu’on les aime tous les deux, riches de complexités et de grand intérêt.

Le carré d’agneau est goûteux et d’une chair gourmande. Le Musigny Joseph Drouhin 1978 est très particulier. Il est puissant, riche, dominateur, dans une version assez guerrière du Musigny. J’aime sa richesse.

Sur le même plat, le Bonnes Mares Domaine Comte Georges de Vogüé 1993 est d’une jeunesse débridée et cultive comme le blanc du même domaine le goût pour l’énigme, car ce vin est très difficile à saisir. Jean-Luc Pépin, fidèle de ces dîners, avait toujours apporté des Musigny rouges et c’est la première fois qu’il apporte un Bonnes-Mares. Je le mets bien volontiers sur un pied d’égalité avec le Musigny. Mes convives proches m’ont demandé pourquoi je n’avais pas mis les deux 1978 sur un plat et les 92 et 93 sur un autre plat. J’ai défendu mon choix car dans cette solution il y aurait eu des confrontations directes que je ne cherche pas à créer de front. Je préfère que sur chacun des plats il y ait des vins très différents, ce qui évite d’avoir des préférences trop immédiates.

Nous levons nos verres à la santé de Richard Geoffroy en buvant le Champagne Dom Pérignon P3 magnum 1975. Ce champagne c’est les All Blacks faisant le haka. Il a une puissance impérieuse. Il est riche puissant et j’aurais tendance à penser qu’au-delà de son extrême plaisir, on est loin d’un 1975. C’est un autre être. Mais Charles Philipponnat va vanter les mérites de ce champagne fait par son père qui s’occupait à l’époque de Moët et Dom Pérignon en disant qu’il est authentiquement Dom Pérignon et Pierre Trimbach va signaler la proximité de saveurs et de parfums entre ce 1975 et des rieslings de Trimbach. J’adore quand les vignerons vantent les mérites de leurs pairs et dans ce cas de leurs pères aussi. Ce champagne est impressionnant.

Le Champagne Veuve Clicquot Ponsardin Cave Privée Rosé 1978 est dans une ligne qui me correspond plus car malgré un dégorgement fait il y a moins de dix ans, on est en plein dans la ligne de ce qu’est un 1978. Il se trouve que j’ai bu il y a une semaine ce champagne au dégorgement d’origine et je retrouve le même plaisir avec ce 1978 Cave Privée. Il est délicieux, à la personnalité forte et c’est l’expression aboutie d’un champagne rosé. Un convive ayant dit en le buvant : « ce qui faudrait c’est une tarte Tatin », j’ai souri puisque c’est ce qui a été servi.

Jusqu’ici nous avons bu des vins faits par les vignerons invités et presque tous présents. Nous allons maintenant remonter le temps avec le vin que j’ai apporté, un Muscat de la Tour mis en bouteille en 1897. Ce vin est tellement parfait, exceptionnel, aux complexités infinies que mes amis sont tous subjugués qu’un vin de plus de 120 ans, puisque la mise en bouteille a dû être faite avec des vins qui ont eu plusieurs année de maturation, puisse avoir autant de force, de charme et de complexité. Ce qui subjugue c’est l’équilibre entre l’extrême douceur, la suavité et une acidité d’une rare élégance. Nous sommes tous sous le charme de ce vin à la longueur infinie qui s’accorde bien au dessert et aux palmiers légendaires du restaurant Laurent.

La cuisine a été parfaite. Les chairs du turbot, du ris de veau et de l’agneau sont de toute première qualité, la sauce du turbot est magique. Ce fut du grand Alain Pégouret. Aurélien a fait un service du vin que tous mes amis ont jugé remarquable. Le temps entre les plats a été assez long mais non gênant tant les discussions étaient enjouées, et comme de plus aucun convive ne voulait mettre un terme à ce moment de communion, nous avons quitté le restaurant très tard, sentant tous que nous avions vécu un moment d’amitié rare, unique, avec des vins très différents et tous d’un intérêt gastronomique majeur. Ce 17ème dîner des amis de Bipin Desai a été une réussite complète.

Champagne Henriot Cuve 38 magnum La Réserve Perpétuelle

Champagne Philipponnat Clos des Goisses 1979 dégorgé en 2010

 

Riesling Cuvée Frédéric Émile Maison Trimbach magnum 1985

Montrachet Marquis de Laguiche Joseph Drouhin 1990

Musigny blanc Domaine Comte Georges de Vogüé 1986

Volnay Clos des Ducs Domaine Marquis d’Angerville magnum 1992

Clos de Tart Mommessin 1978

Musigny Joseph Drouhin 1978

Bonnes Mares Domaine Comte Georges de Vogüé 1993

Champagne Dom Pérignon P3 magnum 1975

Champagne Veuve Clicquot Ponsardin Cave Privée Rosé 1978

Muscat de la Tour mis en bouteille en 1897

photo de groupe dans ma cave

photo de groupe sur le bar

photo de groupe dans la rotonde

les bouchons des vins, dans l’ordre de service

Déjeuner au restaurant Pierre Gagnaire jeudi, 9 novembre 2017

J’ai envie de refaire un dîner avec Pierre Gagnaire, car celui que j’avais fait avec lui en 2007, le dîner n° 91, a laissé dans ma mémoire une trace très positive et excitant ma curiosité et mon envie de recommencer. Un rendez-vous est pris avec lui en son restaurant gastronomique parisien, le restaurant Pierre Gagnaire, à midi. C’est évidemment une perche que je me suis tendue pour que je réserve une table pour le déjeuner, ce que je fais.

Nous travaillons dans un recoin de la cuisine, évoquant mille idées sur une liste de vins que j’ai préparée. Pierre Gagnaire est d’une infinie gentillesse et d’une ouverture d’esprit rare. Nous nous reverrons dans quelques semaines pour continuer les mises au point. Au cours de notre discussion Pierre me fait goûter un fromage que je ne connais pas, le Stichelton, qui me semble encore meilleur que le Stilton pour les sauternes.

Au lieu de déjeuner dans l’agréable recoin créé dans la cuisine je vais déjeuner en salle. Je suis seul, je commande le menu du déjeuner et je vois à une table de l’autre côté de la salle un ami gastronome et gourmet. Il déjeune avec une personnalité politique. Je lui fais tendre ma carte et il me propose de me joindre à leur repas. Ils ont pris le lièvre à la royale en trois services et ont déjà fini le premier aussi vais-je gérer mon repas sans le synchroniser avec le leur. Ils me font servir un verre d’un Côtes du Roussillon rouge cuvée vieilles vignes domaine Gauby 2005 que je trouve chaleureux et généreux et dont le relatif manque de longueur, peu marqué, se remarque à peine. L’impression est positive.

Le menu classique du déjeuner est enrichi de quelques préparations que Pierre Gagnaire veut me faire goûter : eau de betterave rouge fumée, sablé de crevettes grises , couteaux et maquereau au sel / crème de maïs, quartiers d’artichaut, copeaux de foie gras de canard pochés / aile de raie bouclée voilée de farine de maïs, poêlée de câpres La Nicchia et cornichons maison, oignons cébettes grillées / Tomatillo, chou-fleur, vuletta / velouté vert, coquillages du moment, algues sauvages du Croisic / Pepe bucato, avocat, sirop gluant de pamplemousse rose.

La cuisine de Pierre Gagnaire est élégante, complexe et les goûts sont enthousiasmants. Certaines associations sont d’une rare richesse mais d’autres sont déroutantes. J’avoue que les algues sauvages m’ont heurté. Il faudra travailler les plats pour assurer une cohérence des à-côtés et Pierre Gagnaire y est prêt. L’aile de raie est superbement présentée mais les légumes verts ne lui conviennent pas. Il y a tant de talent dans cette cuisine que la bonne voie s’imposera d’elle-même.

J’ai tenu à honorer mes convives impromptus en leur offrant de boire ensemble un Champagne Pierre Péters Les Chétillons Blanc de Blancs 2000. Le nez de ce champagne est impressionnant. Il est d’une profondeur et d’une richesse très au-dessus de ce que l’on pourrait attendre. Et la bouche est gourmande, pleine, joyeuse. C’est un très grand champagne.

Mes hôtes ayant des rendez-vous à honorer je me suis retrouvé seul pour poursuivre mon repas. Un maître d’hôtel vient me dire qu’un client, assis seul à une table, souhaite me rencontrer. Je le rejoins et il m’explique qu’ayant entendu une discussion sur le dîner des Romanée Conti que j’ai en projet, il souhaitait en savoir plus. Nous commençons à bavarder, le contact est sympathique aussi suis-je convié à m’asseoir à sa table. Lui aussi avait pris le lièvre à la royale et allait être servi de la tourte que mes convives précédents m’avaient proposé de goûter.

Me voilà parti pour une troisième table au restaurant, comme dans jeu de chaises musicales et mon nouveau convive partage avec moi sa tourte, ce qui fait que mon menu se complète ainsi : tourte feuilletée traditionnelle / confiture d’églantine, prunelles sauvages / sorbet ananas / papaye à la cardamome, kaki / quelques desserts Pierre Gagnaire.

La tourte est accompagnée d’un verre de Château Rayas Châteauneuf-du-Pape rouge 2003 qui est dans un état de grâce absolu avec une râpe très bourguignonne. Quelle énergie, quelle élégance dans ce vin du Rhône qui sourit à la tourte comme après un premier baiser. Mon nouveau convive a quatre-vingts ans, habite Dinard et fait une fois par mois la tournée des grands restaurants pour boire de grandes bouteilles. Il est hautement probable que nous nous reverrons pour partager des vins de la Romanée Conti dont il est friand.

La cuisine raffinée de Pierre Gagnaire ainsi que sa personnalité de chef me plaisent énormément.

déjeuner à la maison dimanche, 5 novembre 2017

Mes deux filles viennent déjeuner à la maison avec leurs enfants. A l’apéritif nous grignotons de fines tranches de jambon Pata Negra et diverses tartes aux oignons préparées par ma femme et mes petites-filles. Le Champagne Heidsieck & Co Monopole Cuvée Diamant Bleu 1985 a un bouchon qu’il est très difficile d’extirper car il ne tourne dans le goulot que de façon saccadée comme s’il était cranté. Il a fallu que j’utilise un cassenoix pour qu’il se lève entier. Une belle explosion de bulle a salué la sortie du bouchon, le champagne ayant une bulle active comme celle d’un champagne très jeune. La couleur est d’un jaune clair, doré comme un beau blé d’été. Le nez est expressif et en bouche il offre de beaux fruits jaunes. Ma fille cadette parle d’une amertume qui ne me gêne pas et j’aime l’acidité bien contrôlée. C’est un beau champagne plein de vie. Les tartes à l’oignon luis conviennent bien.

Le boucher chez lequel ma femme a coutume de se fournir offre des morceaux de porcs ibériques élevés comme les Pata Negra que l’on peut cuire comme des steaks. La viande très expressive est accompagnée de petites pommes de terre rissolées. Ce plat est idéal pour l’Hermitage La Chapelle Paul Jaboulet Aîné 1984. Son parfum à l’ouverture, il y a quelque trois heures, m’avait enthousiasmé par sa personnalité et ses accents bourguignons. Il cohabite aussi bien avec la viande qui a une râpe très similaire à la sienne, qu’avec les délicieuses pommes de terre. C’est un vin de caractère, subtil, expressif sans être puissant et s’il est bien rhodanien, il a des amertumes de vin de Bourgogne. Sa justesse de ton est remarquable. J’avais bu il y a peu une Côte Rôtie La Landonne Guigal 1984 que j’avais adorée. L’année 1984, plutôt calme, fait des merveilles à 33 ans.

Le repas s’est poursuivi avec des fromages dont un camembert qui a joliment accompagné le vin et le dessert, fait d’aériennes meringues à divers parfums, appelait de l’eau . Ces repas de famille sont des moments de bonheur.

le bouchon est posé dans un cadre tenu par Pierre Desproges (couverture d’un livre)

la petite étiquette fait penser à une mâchoire de requin

les nombreuses tartes aux oignons

pas de corvée de patates ! elles se mangent avec la peau

dîner au restaurant Bel Canto samedi, 4 novembre 2017

Une de mes petites-filles a dix ans et le cadeau que nous lui faisons, ma femme et moi est de dîner au restaurant Bel Canto. Le service est fait par des chanteurs d’Opéra. La nourriture est convenable sans être vraiment transcendante. Je choisis sur la carte du menu un foie gras de canard fait maison, pain bio toasté, chutney ananas oignon, graines de pavot bleu / carré d’agneau en croûte d’herbe, purée de pommes de terre à la truffe / Tatin de pommes parfumées au gingembre et crème légère vanillée.

L’intérêt est beaucoup plus tourné vers les chanteurs qui interprètent des airs connus du répertoire classique, mais pas seulement. Le Champagne Dom Pérignon 2006 ne me parle pas. C’est comme s’il jouait sur un piano désaccordé, ce qui n’est pas le cas pour la jeune pianiste excellente du restaurant. Le contact n’est jamais passé entre le champagne et moi.

Il se trouve que la veille, au bar de l’hôtel Shangri-La, j’avais bu une coupe de Dom Pérignon 2006. Il s’était présenté un peu mieux que le champagne de ce soir, mais je ne lui avais pas trouvé les qualités habituelles que j’aime en Dom Pérignon. Lors de ma première rencontre avec ce 2006, il y a presque deux ans, j’avais été enthousiasmé. A la deuxième fois, il y a un an, j’avais aussi été conquis. Alors, ce champagne est-il en train de se refermer pour atteindre plus tard une nouvelle plénitude ? Je ne sais pas mais je conseillerais volontiers de ne pas toucher aux 2006, pour en profiter dans deux à trois ans.

une chanteuse trinque avec ma petite-fille

les chanteurs

Dîner au restaurant Le Clarence et court détour par Pages samedi, 4 novembre 2017

Bipin Desai, célèbre amateur de vins, professeur de physique nucléaire et organisateur d’événements impressionnants autour de vins rares vient d’arriver à Paris directement de Los Angeles. Nous participerons dans une semaine à un dîner de vignerons et il est d’usage que nous partagions ensemble le premier dîner qu’il passe à Paris. Bipin a souhaité aller au restaurant Le Clarence qui appartient au Prince de Luxembourg propriétaire du château Haut-Brion et de plusieurs autres vins.

L’immeuble est beau. La salle à manger du premier étage est décorée comme celle d’une maison bourgeoise. Etant en avance je vais saluer en cuisine le chef Christophe Pelé qui me parle des beaux produits qu’il peut cuisiner ce soir et je commence à regarder la carte des vins présentée en deux livres. L’un concerne les vins du groupe Clarence Dillon et l’autre les vins du reste du monde. Le livre des vins du groupe me donne des nausées. Le Haut-Brion 1961 est proposé à plus de dix mille euros et le 1989 à plus de cinq mille euros. Dans ce restaurant, boire ce premier grand cru classé emblématique devrait être une joie. A de nombreuses tables on ne boit que les seconds vins voire les troisièmes vins. C’est dommage.

Le menu que nous avons composé avec l’excellent et professionnel maître d’hôtel Louis-Marie Robert est : Saint-Jacques en tempura, radis et caviar à cru, pied de cochon et coco de Paimpol / risotto, rouget et truffe blanche / rouget, oseille, bouillon, champignons, gnocchis, foie gras, crevettes et lard de Colonnata / pigeon, trompettes de la mort, crème crue, cuisse, anguille, sésame, marbré de bœuf et foie gras, jaune d’œuf, millefeuille de céleri / chariot de fromages / glace et sorbet.

Le Champagne Bérêche Brut Réserve a été dégorgé il y a peu de mois aussi est-il un peu vert mais il suffit de la délicieuse palourde d’amuse-bouche pour le réveiller et montrer sa belle vivacité. Son dosage est parfait pour que soient équilibrées de belle façon sa vivacité et sa gourmandise. Des gougères et des petits chips de poulpe mettent bien en appétit.

Dans de grands verres Gaëtan Lacoste, le chef sommelier, nous verse le Château Laville Haut-Brion Graves blanc 1985. Le parfum de ce vin est exceptionnel. Je pense n’avoir jamais senti un Laville Haut-Brion avec un parfum aussi sensuel, développant des myriades de senteurs envoûtantes. En bouche le vin est grand, noble, expressif et trouvant une résonance avec la truffe blanche absolument idéale mais le parfum du vin est à dix coudées au-dessus. Le vin est resté constamment brillant et très long, aussi bien sur le rouget que sur les fromages, mais c’est sur le risotto qu’il a brillé particulièrement. Ce vin cinglant, tranchant et gastronomique est un très grand vin et l’année 1985 particulièrement réussie.

Le Corton Grand Cru domaine Bonneau du Martray 2002 a été carafé à la demande de Bipin Desai alors que j’étais d’un avis contraire. Mais Bipin est mon aîné. Le vin est riche, opulent, au grain lourd et il brille sur le pigeon. Il est carré et je crois que c’est la décantation qui rend le vin plus lourd, plus large alors que sans cette opération nous aurions bu un vin plus sensible et gracieux. C’est de toute façon un grand vin de richesse et d’expression.

Il est indéniable que le chef Christophe Pelé a un talent de très haut niveau. La cuisson du rouget est sublime. Si le pigeon m’a moins plu ce n’est pas le fait du chef mais de la chair. Christophe veut trop prouver son talent et il en fait un peu trop. Par exemple la crevette est délicieuse, mais qu’ajoute-t-elle au rouget ? Rien. L’effet patchwork est trop développé.

Je commence à être un peu fatigué de l’effet terre-mer qui est dans l’air du temps. J’ai adoré l’anguille sur la patte du pigeon mais j’ai moins apprécié le pied de cochon sur la Saint-Jacques même si c’est tout-à-fait possible. Il est certain que la cuisine du chef est de grand talent et je reviendrai volontiers en demandant peut-être un peu moins de sophistication.

Dans ce cadre luxueux, avec un service excellent, nous avons passé un très agréable dîner.

Plusieurs fois les yeux de Bipin se fermaient, effets du décalage horaire. Alors que je ne le fais jamais pendant les repas j’ai pu lire des SMS que ma fille m’envoyait indiquant Dom Pérignon 1964 puis Musigny 1935. Lors d’une pause-paupières, je lui demande par SMS où elle est. Elle répond Pages. Lorsque j’ai quitté Bipin, je me suis précipité chez Pages mais ma fille était déjà partie. Tomo présent au restaurant était l’auteur des verres que ma fille a bus. J’ai pu boire la lie du Musigny Comte de Vogüé 1935. C’est une suggestion de merveille et de raffinement. Quel vin racé !

le décor

au fond, la cuisine

Déjeuner au restaurant Yoshinori samedi, 4 novembre 2017

Trois amateurs de vins de Limoges avec qui j’avais conversé sur internet font une tournée de restaurants à Paris. Ils m’ont proposé de les rejoindre à l’un des trois repas qu’ils vont faire et je me joins au premier. Nous sommes donc au restaurant Yoshinori ouvert depuis un mois à peine par le chef Yoshinori qui est un ancien du Petit Verdot. La décoration est japonaise, toute de blanc, sans aucun tableau. C’est comme Pages, en plus petit, mais il y a aussi une salle en sous-sol.

Je connais l’un des trois limougeauds qui est blogueur, avec qui j’avais partagé un dîner il y a plus de dix ans, et comme aucun apport n’avait été annoncé, c’est une surprise pour chacun. Nous choisissons le menu en fonction des vins, qui sera : huître d’Utah Beach n° 1, poireau, huile de genièvre / tartare de veau de lait de Corrèze, chou-fleur, coques d’Utah Beach / échine de cochon fermier de Dordogne, olive de Kalamata / comté 18 mois, brie de Meaux / compote de figue noire, sorbet poivre Timut.

Nous prenons à la carte un Champagne Agrapart Minéral Extra Brut Blanc de Blancs 2009. Au premier contact, on sent un champagne précis, net mais beaucoup trop intellectuel, un Jean-Paul Sartre barbant. Mais dès que l’huître apparaît, le champagne gagne en tension de façon spectaculaire. Il devient vif, vivant, c’est une merveille. Un point très positif est que nous avions commandé le menu sans l’huître mais en demandant une entrée pour le champagne, et c’est le chef qui a proposé l’huître, ce qui est d’une pertinence absolue. Le champagne est vif et d’un équilibre idéal.

Le tartare de veau est idéal pour le Sancerre Génération XIX Alphonse Mellot 2008 que je trouve cristallin. Ce vin est d’une précision extrême. L’accord est idéal mais je trouve que l’association terre-mer, qui me lasse un peu tant elle est devenue convenue, nuit au veau, car la coque, délicieuse en soi, dévie le goût du veau, délicieux aussi en soi. On se régale de ce beau sancerre.

La viande est parfaite, gourmande, de grande qualité. Le Coteaux Champenois Cuvée Athénaïs gonet-Médeville 2008 est servi trop froid et son message en devient coincé, limité. Ce ne sera que bien plus tard que je trouverai du charme à ce vin intéressant. Le cochon tient la vedette mais en fin de repas le Coteaux Champenois montrera quand il est plus aéré et chaud qu’il est doté d’une belle matière.

Le vin que j’ai apporté est un Champagne Veuve Clicquot rosé 1978. Il accompagne les fromages et le dessert. Il est d’un rose un peu foncé, son nez est imposant et en bouche ce qui se révèle en premier c’est la complexité. Après les deux 2008, on pianote dans des subtilités qui font plaisir. Ce champagne est rond, gourmand, subtil et raffiné. Mais ce champagne est tellement gastronomique qu’il ne peut se contenter du fromage et du dessert. Il lui faudrait un pigeon à la goutte de sang pour révéler toute son énergie. Il est très agréable mais ne nous a pas tout à fait donné ce dont il est capable. C’est un vin de très grand plaisir.

La cuisine de ce restaurant est bonne, mais je n’ai pas trop aimé le tartare associé à la coque. L’ambiance est calme, à la japonaise. Mes partenaires d’un jour sont de vrais amateurs de vins. Ce fut un plaisir de déjeuner avec eux.

la carte du restaurant